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Du corps, du poids et du mieux manger

J’ai toujours aimé pâtisser et cuisiner. Mais je n’ai pas toujours cuisiné comme je le fais aujourd’hui. A l’origine de cette mise aux fourneaux (quasi) quotidienne, une prise de poids, un déclic puis une rééducation alimentaire qui s’est faite assez naturellement en apprenant à connaître mon corps.

Mon poids, mon problème

Commençons par le grand classique, ce qu’on me sort souvent quand je suis sur le point d’évoquer ma relation compliquée avec mon poids ou que je fais référence à des kilos en trop :

« Problème de poids ? T’es qui pour dire ça, t’es fit toi ! Moi j’ai le droit de parler de problème de poids ! »

Combien de fois j’ai entendu ça donc (pas toujours formulé comme ça, heureusement)… Pourtant, contrairement à ce que certains pourraient penser, je dois faire hyper attention à mon poids. Certes, je dois sûrement moins le faire que d’autres, mais je dois le contrôler ce poids et être vigilant sur ce que je mange, sans jamais renier le plaisir ! Car des kilos, j’en prends hyper facilement. Et je n’ai pas toujours été fit justement, loin s’en faut !

Oui, aujourd’hui « ça va ». Oui, là, au moment où je rédige ces lignes, je suis plutôt pas trop mal dans mon corps. Et c’est cool, ça fait du bien ! Mais c’est pas le rêve pour autant : j’ai plein, mais alors plein de zones d’insatisfaction ! Et tant pis si ça en énerve certains de lire ça.

Mon surpoids d’ado

Ce qu’on ne sait pas forcément, même quand on me connaît bien, c’est qu’ado et jusqu’à mes 17 ans, je n’étais franchement pas fin (pas seulement en ce qui concerne mon corps d’ailleurs, mais c’est un autre sujet !). Ma courbe de poids/taille de l’époque dans mon carnet de santé est assez parlante : surpoids. Je n’étais pas obèse, mais j’étais gros. Je tenais beaucoup plus de la bonne brioche bien beurrée que des barres de céréales super-protéinées qu’étaient les BG de la classe.

J’ai des photos de moi à l’âge de 13 ans, que quelques rares privilégiés ont pu voir, où l’on pourrait se demander si c’est vraiment moi (et non, je ne les posterai pas, il faut laisser au passé ce qui appartient au passé !). Pour l’anecdote, je ressors ces photos à ma mère et à ma grand-mère à chaque fois qu’elles me disent que je n’étais pas gros (l’amour est plus fort qu’un super filtre snap ou insta !). J’aime vicieusement voir leur réaction gênée, en mode « oui, bon, c’est vrai que t’étais un peu enrobé quand même ! ».

La fonte miraculeuse

Puis, à 17 ans donc, j’ai fondu. Et quand j’emploie ce terme, c’est que j’ai littéralement et très rapidement fondu. Sans rien faire de particulier, ou du moins pas au point de pouvoir expliquer une telle fonte, même si ma grand-mère (encore elle) pense aujourd’hui encore que c’est parce que je m’injectais des substances illicites dans les veines. Bref, je bénis toujours ce qui m’est arrivé : pour la première fois, je me suis créé une image mentale de moi où je n’étais pas gros : c’était possible !

Aux années de graisse ont donc succédé les années de grâce (+ 10 points pour cette phrase). Quelques variations de poids à la hausse ou à la baisse, les restes de poignées d’amour de l’adolescence impossibles à faire partir malgré tous mes efforts, mais globalement un poids qui me satisfaisait sans aucun effort à faire.

C’était fantastique, merveilleux, trop bien ! Pas de mention à rayer.

Le yo-yo et la reprise de poids

N’empêche que je ne me connaissais pas, c’était hasardeux. Je suis même tombé très et trop bas par moments, toujours sans comprendre le pourquoi du comment. J’étais toujours à la merci d’un corps que je ne maîtrisais pas, même si c’était pour le meilleur pendant ces années-là. Des fois je prenais un peu, voire plus, puis je reperdais. Des fois c’était dans l’autre sens. J’avais globalement un poids moyen qui me convenait très bien, sans contrôle.

Mais voilà, ce qui devait arriver arriva. Autour de mes 26 ans, quelques coups durs (travail qui se passe mal, méchantes maladies déclarées dans ma famille, etc.) m’ont fait reprendre en quelques mois une partie significative du poids que j’avais perdu à 17 ans. C’était pas archi-choquant, mais ce n’était quand même plus moi du tout. C’était le retour de la brioche constituée d’une bonne barquette de beurre ! Je mangeais davantage et mal, je n’allais pas bien, je ne prenais plus soin de moi, je ne m’aimais plus. Classique. Et cette fois, pas de fonte miraculeuse quand les choses se sont mises à aller mieux. C’est qu’on n’a plus le même âge pardi !

Le déclic

Mon déclic a été une optimisation de ma recette de cheesecake. Je ne le trouvais pas assez gourmand, pas assez cheese (pourtant je peux vous dire qu’il l’était déjà beaucoup !). Je m’étais donc mis en tête de le rendre encore plus gourmand. « Fais-le ce nouveau cheesecake et mange-le, c’est pas ça qui va changer grand-chose au point où t’en es, et puis tu mangeras mieux après ».

Eh bah p*tain, il était bon ce nouveau cheesecake. Trop fier de moi, #yummy #foodgasm ! C’était il y a deux ans. Je ne l’ai encore jamais refait.

Le lendemain du cheesecake je me suis amusé (grosse vie) à compter le nombre théorique de calories qu’il contenait. Premier choc. Puis je me suis pesé, ça faisait longtemps que je ne l’avais pas fait. Second choc, le drame même : j’avais dépassé un cap qui m’était symbolique. Je ne vais pas donner le nombre de kilos affiché par la balance ce jour-là, mais il y aurait eu quatre chiffres avant la virgule que ça m’aurait fait le même effet !

Mon apprentissage

Qui dit déclic dit action. Or, hors de question de faire un régime (« or » suivi de « hors », on adore !). Déjà parce que ça fait des années qu’on nous fait bien comprendre que ce n’est ni durable, ni viable pour la plupart d’entre eux. Mais aussi parce que je commence à sacrément me connaître : me restreindre ou prendre de beaux engagements, je sais faire, mais pas dans la durée (coucou les abonnements dans les salles de sport où je ne mets plus les pieds au bout de trois mois !). Enfin, et ça va avec ce que je viens de dire, parce que je voulais continuer à me faire vraiment plaisir en mangeant, ne rien m’interdire formellement. Je n’avais pas besoin d’interdit à cette époque.

J’ai tout compté pour comprendre mon corps

Je me suis dit que le bon angle d’attaque serait de faire plus attention, sans notion de régime donc, et d’améliorer ma façon de m’alimenter, en commençant par enfin apprendre à connaître mon corps et ses besoins. Bref, en comptant pour comprendre, plutôt qu’en changeant à l’aveugle mon alimentation. Certains appelleraient ça un régime quand même, mais pour moi ça n’en serait pas un, ce serait un changement durable, rationnel et évaluable.

Alors j’ai compté. J’ai absolument tout compté même. Il faut dire aussi que j’ai une vraie tendance à faire des carnets de bord pour tout dans la vie (grosse vie bis), j’étais donc dans mon élément. J’avais un fichier Excel où je calculais les calories de tout ce que je mangeais. Je me suis pesé tous les matins ou presque, à conditions iso. En quelques semaines, je me suis construit un méga tableau où j’avais, pour chaque jour, mon poids et le nombre de calories absorbées, me permettant d’analyser les réactions de mon corps et les tendances de ma courbe de poids.

J’ai découvert mon seuil de déficit calorique

J’ai vite trouvé mon seuil approximatif de déficit calorique, à force de faire la corrélation entre un poids en légère baisse et le nombre de calories absorbées la veille ou l’avant-veille. Vous savez, c’est le seuil en-deçà duquel votre corps n’a pas assez de carburant dans une journée-type et doit aller piocher dans ses réserves de gras. Et il s’est avéré qu’il était bas ce seuil chez moi, comparé à ce qu’on trouve sur le net pour un homme. J’aurais vraiment galéré à y arriver si je ne l’avais pas trouvé et en étais resté à de la théorie.

Je mets tout de suite un gros warning : c’était ma méthode à moi. C’est elle qui m’a fait comprendre comment mon corps marchait. Mais il y en a d’autres ! Et il est même évident que pour beaucoup, compter et noter ne servirait à rien mis à part créer de mauvaises obsessions. Mais retenez l’idée essentielle : apprendre à connaître les réactions de son corps.

J’ai fait des erreurs et elles m’ont été utiles

Très classiquement, je suis tombé dans la grossière erreur de ne faire que compter. Quand je faisais mes courses, c’était la seule chose qui m’intéressait : combien y a-t-il de calories dans ce truc ? Est-ce que « ça rentre » ? Est-ce que j’ai le droit ? Est-ce que c’est raisonnable ? Bref, petit côté obsessionnel.

J’ai aussi eu des déconvenues certains jours où j’étais très bas par rapport à mon seuil calorique. Supposons qu’il était à 2500 Kcal par jour, eh bien je me disais qu’en étant à 1500 Kcal dans une journée je perdrais plus rapidement. Oui, parfois ça marchait. Et d’autres fois ça avait l’effet inverse de celui désiré. Certainement car je me frustrais trop, me mettais trop de pression et envoyais au final de mauvais messages à la machine complexe qu’est mon corps.

Compter toutes les calories a marché, bien sûr. Mais j’ai aussi eu de gros doutes et interrogations : pourquoi est-ce que ma soirée plaisir patates-sautées et tranches de blanc de poulet (ouais, chacun ses kiffs hein !) qui rentrait théoriquement dans les clous, me faisait prendre un peu de poids ? La réponse m’est désormais évidente : je ne prenais pas assez en considération la qualité nutritionnelle de mes aliments. C’est là qu’intervient une notion clef : la qualité nutritionnelle.

Ma rééducation alimentaire

J’ai appris à être raisonnable et à tenir compte de la qualité nutritionnelle

Aujourd’hui je fais gaffe à la qualité des aliments, à leurs apports et à leurs intérêts nutritionnels. Obviously, des patates-sautées pleines d’huile ou de beurre, n’apportent pas à mon corps ce dont il a besoin. Oui, en s’en servant une petite quantité et en ne mangeant pas grand-chose d’autre de la journée, le total en Kcal est faible. Mais non, ça ne peut pas le faire puisque le compte n’y est pas, en fibres par exemple.

D’ailleurs, depuis que j’ai atteint mon objectif de perte de poids (avec beaucoup de patience), je ne compte plus les calories. Il m’arrive parfois de les regarder quand j’achète un plat préparé, histoire de me donner une idée du degré de raisonnabilité du machin, mais ça ne va pas au-delà. Je me concentre essentiellement sur la qualité des aliments que je vais consommer. Compter m’a simplement aidé à comprendre pour aller au-delà du contrôle strict et quotidien.

Je me suis mis à quasiment tout cuisiner moi-même

Si, au tout début, j’ai cherché des plats préparés ou semi-préparés qui étaient sains, gourmands et pas trop riches, je me suis rapidement rabattu vers une cuisine et des plats quasi entièrement faits-maison. Je contrôle encore mieux ce que je mange et je gère parfaitement les quantités, les aliments et leurs origines. Je peux facilement compenser les excès et jongler avec la qualité nutritionnelle des différents aliments.

Et surtout l’essentiel : je kiffe ce que je mange ! Je me rends aussi maître de la qualité de mon assiette que du ratio satiété-gourmandise. J’ai envie d’un gratin en plein hiver ? Je le fais et il y a du fromage comme dans n’importe quel gratin ! Ma marge de manœuvre sera à la limite sur la béchamel, remplacée partiellement ou totalement par du fromage blanc, si j’en ressens le besoin !

Bien manger est devenu intuitif

Avec l’expérience, bien manger est donc devenu intuitif, être aux fourneaux aussi souvent aidant. Je sais ce qui est bon pour mon corps. Je sais aussi ce qui est moins sain ou raisonnable mais qui est important pour ce qui se passe là-haut, dans la tête. Car oui, une nouvelle fois, ce n’est pas un régime, la dimension plaisir m’est importante aussi !

En parlant d’intuitif, une amie m’a fait découvrir une astuce tout bête (qui est peut-être naturelle pour beaucoup, mais ne l’était pas pour moi) : penser aux couleurs du plat qu’on prépare. S’il y a du contraste et des couleurs qui tranchent, c’est a priori mieux que si tous les aliments ont des couleurs qui se ressemblent. Quand j’ai envie de pâtes, je vais donc naturellement chercher à apporter du vert (des épinards par exemple) et/ou du rouge (des tomates ou du poivron). Voir un plat de pâtes mono-couleur me fait très peu envie aujourd’hui.

J’ai arrêté de complètement diaboliser certains aliments et j’ai appris à compenser

Oui, il y a des aliments qui sont clairement mauvais quand on doit gérer son poids. Cette grosse louche de Nutella (ou de Nocciolata pour mes Insta-trendies) sur une délicieuse tranche de gâche pur-beurre par exemple (une tentation satanique !). Mais il m’arrive d’en manger, je ne me l’interdis pas. Tout au plus, je m’oblige à faire rarement ou moins souvent ce type d’« écarts ». Je sais que je pourrai compenser, en mangeant vraiment bien au repas qui suit. Idem pour les soirées où le vin coule un peu trop à flots (encore que c’est justement respecter le vin que de le faire couler à flots, mais bon).

De la même manière, je ne mange quasiment pas de fruits (j’en aime vraiment très peu, à quoi bon me forcer ?) : il me faut donc là aussi compenser. En l’occurrence je le fais en ayant fortement augmenté ma dose de légumes. Et je sais que c’est très bien comme ça, je sens que ça va à mon corps. Cette plus forte dose de légumes, justement on y revient, m’évite de culpabiliser les fois où je mange mes fameuses pommes de terre sautées, qui baignent dans plein de gras. La boucle est bouclée !

J’ai compris que moi, c’était moi

On en lit et on en entend des choses toutes faites, des « il faut faire comme ci et pas comme ça » et des méthodes soi-disant miracle. Je ne suis pas celui qui est allé chercher une méthode toute faite pour perdre du poids quand je me suis décidé à reprendre mon physique - et ma santé - en main. D’ailleurs c’est presque un paradoxe, du coup, que je partage mon expérience personnelle sur ce sujet.

Malgré tout il m’a quand même fallu faire avec des idées préconçues ou des vérités et concepts qui veulent s’imposer comme des dogmes, alors qu’ils ne peuvent évidemment pas s’appliquer à tous de manière universelle. « Le beurre est mauvais », « le vin est tellement calorique qu’il faut l’éliminer complètement », et j’en passe.

Mon préféré ? Le petit déjeuner, ce « repas le plus important de la journée » qui me fait entendre des « c’est très mal de ne pas prendre de petit dej » depuis ma plus tendre enfance. Eh oui, je ne prends pas de petit dej. Je suis nauséeux si je me force à manger avant une certaine heure le matin et je tiens très bien sans manger jusqu’au repas du midi (et je ne me jette pas sur la bouffe une fois arrivé au déjeuner !). Il m’arrive d’en prendre en vacances, quand j’en ai vraiment envie. Autrement je n’en ai pas besoin ; mon corps n’en a pas besoin. Dont acte !

J’ai essayé de copier aussi d’ailleurs, avant de me lancer dans cette vraie rééducation alimentaire. Une sombre histoire de manger une ou deux fois par semaine des haricots verts crus avec des sardines. Autant vous dire que j’étais et suis toujours malheureux en y repensant ! Et que donc ça n’a évidemment pas marché : ça ne m’était pas adapté, ça ne correspondait pas à mon corps, à mes besoins et à mes envies.

La conclusion est servie

S’il n’y a qu’une chose à retenir de ce long article, si vous cherchez à perdre un peu ou beaucoup de poids, c’est de vous écouter. Peu importe la manière pour arriver à vous auto-comprendre. Challengez-vous, fixez-vous des objectifs, faites-vous aider s’il le faut, mais quoi qu’il en soit écoutez votre corps et apprenez à fonctionner avec lui, il vous le rendra. Ou du moins il ne se vengera pas à la première occasion.

Et il y a une chose de valable pour tous, c’est l’importance de la qualité nutritionnelle. Si ce n’est pas pour votre poids, ce sera pour votre santé.

Je n’ai pas parlé de sport. J’aurais pu, voire j’aurais dû. Il est évident qu’il m’en a aussi fallu, tant pour m’aider à retrouver un poids satisfaisant, que pour retrouver un semblant de corps satisfaisant.

Bref, presque trois mille mots plus tard, vous savez désormais qu’il m’a fallu composer avec mes problèmes de poids pour en arriver là (et que je suis f*ckin légitime quand je parle de problèmes de poids !). Mais ça en a presque valu la peine : ce n’est pas seulement pour mon nombre de kilos qui a baissé que je me réjouis aujourd’hui, c’est ma santé qui me remercie et qui est au final la plus grande bénéficiaire de l’aventure.

Reste plus qu’à arrêter la clope. Ahem.

Rédigé avec passion, publié le 11 Mai 2019
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